René Lalique : Maître Verrier et Joaillier de génie

Le nom « Lalique » peut évoquer beaucoup de choses : l’éclat des bijoux, la beauté de la transparence du verre et du cristal.

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Avant d’être une marque, ce nom était celui d’un artiste de génie, René Jules Lalique qui marqua de son nom la joaillerie.

René Jules Lalique est né le 6 avril 1860 à Aÿ en Champagne, dans la Marne. A l’origine maître verrier, il va révolutionner de son talent la bijouterie et la joaillerie française de la période Art Nouveau.

Sa passion pour la joaillerie et son envie de créer s’exprimeront dès son plus jeune âge par des dessins. Adolescent, Lalique esquisse des bijoux et se présente auprès de joailliers afin de travailler avec eux comme dessinateur.

Malgré son talent, il rencontrera des obstacles et des réticences notamment chez le bijoutier Vuilleret qui lui aurait tenu le propos suivant : « Tu veux faire des dessins de bijoux, mais cela ne mène à rien ! Tu verras que dans deux ou trois mois, tu ne sauras plus qu’inventer et, arrivé au bout de ton rouleau, tu seras bien obligé de t’arrêter !»

Broche Libellule – Or, émail, chrysoprase, calcédoine, pierres de lune et diamants – France, vers 1897-1898

 

Il devint célèbre notamment grâce à ses bijoux étonnants, mais aussi grâce à ses talents de maitre verrier et ses créations originales de flacons de parfums, de chandeliers, d’horloges et de bouchons de radiateur de voitures.

Bouchon de radiateur libellule, verre moulé, René Lalique circa 1928

 

C’est à 12 ans que René Lalique gagne sa première compétition de design à Paris. Il commence alors quatre années plus tard un apprentissage en joaillerie à Paris, puis suit les cours du Sydenham Art College à Londres pendant trois ans. Après être revenu en France, il travaille pour Aucoc, Cartier, Boucheron et d’autres encore.

En 1882, il devient dessinateur et concepteur indépendant pour plusieurs maisons de joaillerie de Paris et quatre ans plus tard, lance sa propre marque de joaillerie. Il reprend l’atelier du joaillier Jules Destape, place Gaillon à Paris.

Il réalise des pièces innovantes pour la nouvelle boutique de Samuel Bing à Paris, « Maison de l’Art Nouveau » et commence à exposer ses œuvres sous son propre nom dès 1894.

 

collier en or émaillé, diamants et perle. Signé René Lalique, entre 1899 et 1901

 

Ses premières parures en or ciselé sont inspirées de l’antiquité et du Japon. Il intègre à ses pièces de nouveaux matériaux brisant les codes joailliers de l’époque : il mêle l’or et les pierres précieuses aux pierres ornementales telles la nacre, l’ivoire, la corne, le lapis, l’opale ou encore à l’émail et au verre. Il choisit souvent les pierres pour leur force, leur lumière et leurs couleurs.

Il s’inspire aussi de la faune et de la flore, joue avec des thèmes animaliers comme le paon ou des insectes, libellules, cigales ou papillons. Il en va de même des bêtes imaginaires et fantastiques comme des fées qu’il aime mettre en scène dans ses créations. Il innove en utilisant des matériaux peu choisis alors dans la bijouterie à l’époque : le verre, l’émail, le cuir, la corne, la nacre.

Broche en forme de cigale en or et émail de René Lalique, c.1902

Il préfère souvent les pierres semi-précieuses aux pierres précieuses. L’introduction du volume dans ses ouvrages est facilitée par ses connaissances en modelage. Il dessine ses modèles et les fait réaliser par une équipe de ciseleurs, de sculpteurs et d’émailleurs, qu’il recrute avec soin.

Parmi les nombreuses créations de René Lalique, citons les ornements de corsages, les plaques de collier ainsi que les peignes, qui lui étaient le plus demandés. Mais ceux qu’il affectionnait le plus, malgré la faible demande, étaient les tiares et les diadèmes.

Tiare et ornement de corsage, Rene Lalique, 1903 – 4, France © Victoria and Albert Museum, London

 

Il dépose en 1888 son propre poinçon « RL » et grave ainsi de ses lettres les créations originales réalisées en son nom à partir de cette date.

 

Il s’intéresse tôt au verre comme matière artistique et en 1890, il installe un atelier de verrerie au 20, rue Thérèse à Paris où il commence à expérimenter l’utilisation et le mélange de verre et de métaux dans la bijouterie.

Ses premiers bijoux comportant cette matière sont exposés en 1900 lors de l’Exposition Universelle, qui lui apportera une notoriété internationale et affirmera son style grâce notamment à l’apparence et la décoration de son stand si unique.

 

Stand Lalique, Exposition Universelle, 1900

 

Après la fin de la Première Guerre mondiale, les bijoux très colorés et fantastiques de Lalique ne sont plus dans l’air du temps et le créateur décide donc de se reconvertir : dès 1920, il se tourne vers l’Art déco. Il va ainsi créer de nombreux objets d’art et de luxe, qui deviendront des objets usuels et du quotidien, tels que les vases, les coupes, les chandeliers, les flacons de parfum, et les fameux bouchons de radiateurs pour la voiture 5 CV de Citroën.

Vase modèle poisson en verre teinté vert, signé R Lalique Circa 1921

 

Il créera aussi les décorations des wagons-restaurants du Côte d’Azur Pullman Express et celles de la salle à manger des premières classes du paquebot Normandie, ainsi que les fontaines des Champs-Élysées.

René Lalique fut également le premier à sculpter le verre dans de grandes réalisations monumentales, comme les portes de l’hôtel Albert-Ier, à Paris, ou les fontaines du rond-point des Champs-Elysées, démontées en 1958 et disparues depuis.

Motif décoratif de la « Fontaine Poissons » dite aussi « Fontaine Perles » par R Lalique circa 1935

 

Après avoir ouvert une boutique place Vendôme à Paris, il commence à concevoir des flacons de parfums en verre, étant ainsi le premier à imaginer de commercialiser cet emblème du luxe et du raffinement dans un emballage tout aussi splendide. La même année, le musée des arts décoratifs de Paris fait entrer Lalique dans ses collections.

Signature R. Lalique sur verre

 

René Lalique disparait finalement le 1er mai 1945. La même année, son fils Marc démarre le travail du cristal dans leurs ateliers et prend ainsi la relève de son père. Relève, toujours assurée puisque la Maison Lalique existe toujours.

Aujourd’hui Lalique est considéré comme un des plus grands artistes de l’Art Nouveau et un musée lui est consacré à Wingen-sur-Moder en Alsace. C’est à ce même endroit que René Lalique avait ouvert en 1922 sa manufacture de verrerie dont la tradition perdure aujourd’hui. Il s’agit de la seule manufacture Lalique au monde.

 

Musée Lalique, à Wingen-sur-Moder en Alsace

 

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